Panorama de l’écosystème

La filière des éco-entreprises manque encore de visibilité

Etre capable pour la filière de donner un aperçu clair de ce qu’elle représente est un enjeu majeur.Afin d’aider à faire prendre conscience des réalités et des perspectives, en termes macroéconomiques mais aussi en termes d’acteurs, de secteurs d’activités et d’implication des pouvoirs publics, nous vous proposons ici une photographie de l’écosystème de la filière, un panorama qui, sans tendre à l’exhaustivité, met en lumière les principales caractéristiques de la filière.Les données qui alimentent ce panorama ont été collectées à l’occasion de la rédaction du Livre blanc des éco-entreprises par les réseaux du PEXE, et lors de la réalisation de différentes études sur le tissu productif de la filière que nous avons réalisées. C’est par nature le fruit d’un travail collaboratif.Nous vous invitons d’ailleurs à nous aider à enrichir et à actualiser ce panorama. N’hésitez pas à nous faire parvenir les dernières études en date, les derniers chiffres de l’emploi vert, ou toute information que vous pensez pertinente ! ICI

 

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Quel est le marché mondial ? Européen ? Combien pèse la France ? Combien d’entreprises ? De quelles tailles ? Sur quel territoire ? Combien d’emplois verts ? Et dans trois ans ? Sur quel secteur ? Comment les pouvoirs publics se mobilisent-ils ? Qui sont les acteurs de la filière ?

Voilà quelques-unes des questions auxquelles nous essayons d’apporter des réponses

Le saviez-vous ?

  • L’émergence de l’économie verte répond à un schéma aujourd’hui bien identifié : une prise de conscience des enjeux environnementaux par les citoyens amène à l’adoption de nouvelles réglementations environnementales qui, dans leur sillage, font émerger de nouveaux marchés. C’est en effet un champ économique très dépendant de la réglementation.
  • La filière des éco-entreprises, dans laquelle cohabitent des métiers historiques (eau, déchets, sols et air) et de nouveaux venus (énergies renouvelables, efficacité énergétique, génie écologique, économie circulaire), est une filière jeune en terme d’identité.
  • La filière des éco-entreprises est une filière résolument d’avant-garde à l’image de la structuration des acteurs en réseaux interconnectés, fortement tournée vers l’innovation et consciente des mutations majeures que vont connaitre nos économies.

Un marché en expansion en France et dans le monde

La filière des éco-entreprises, portée par une dynamique de fond, a un poids économique de plus en plus considérable. Au niveau mondial, si les estimations divergent en termes de volume, elles arrivent toutes au même constat : le marché de l’environnement représente un pourcentage conséquent du PIB mondial (au-dessus de 2%).

En effet le marché est évalué à près de 1400 milliards $ . Une estimation à rapprocher de secteurs stratégiques à plus forte visibilité comme le luxe (biens et services) qui pèse autour de 1150 milliards $, ou le médicament 855$ .

Aujourd’hui les pays de l’OCDE représentent encore près de 80% des parts de marché, mais les logiques de rattrapage économique des pays émergents font évoluer progressivement cette répartition.

Dans un marché de plus en plus compétitif, aucune place n’est acquise. La France voit d’ailleurs ses parts de marché à l’export baisser de manière continue depuis 2006.
En retenant le critère de l’export l’Allemagne occupe une place de leader, qui tend à se consolider, suivie par les Etats-Unis.

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Il est probable que les cartes soient rebattues dans les prochaines années dû au fait que de nombreux pays ont pris conscience des enjeux et se dotent de politiques et de moyens ambitieux pour se positionner sur le marché de l’environnement. La Corée du Sud par exemple s’est doté d’un plan quinquennal avec comme objectif affiché d’intégrer le top 5.

Les plans de relance des dernières années sont à ce titre très représentatifs

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Malgré les limites méthodologiques d’évaluation, ces chiffres donnent tout de même un aperçu, conforme aux constatations faites sur le terrain et laisse entrevoir les pays qui comptent jouer les premiers rôles dans les années à venir.

Ces choix stratégiques ne sont pas fortuits, l’effet combiné du renchérissement du prix de l’énergie et de l’augmentation des exigences environnementales des populations conduisent à la projection d’une demande en croissance constante.

La filière des éco-entreprises en France : un acteur de premier plan

La production des éco-activités a atteint 69,9 milliards d’euros en 2010 soit à peu près 2 % de la production nationale. C’est un volume instructif quand on le compare à des fleurons de l’économie hexagonale comme l’industrie du médicament 49, 5 Mds ou la restauration commerciale 50 Mds

Cela reste cependant bien inférieur proportionnellement à la part de la filière des éco-entreprises dans le PIB national dans d’autres états comme en Allemagne (3,1%) ou au Danemark (4,4%) par exemple.

Impactée par la crise comme les autres secteurs, les éco-activités sont reparties plus rapidement avec une croissance de la production de près de 8,5 % entre 2009 et 2010, signe du dynamisme et de la tendance de fond qui porte le secteur. Entre 2004 et 2010 la croissance annuelle moyenne de la production a été de 6%.

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Le dynamisme de la filière est aussi visible sous l’angle de la balance commerciale. Le secteur est en effet un contributeur net au rétablissement de la balance commerciale de la France avec près de 1.1 milliard d’euros d’excédents. Les montants des exportations sont de 6,1 milliards d’euros, soit à peu près 1.2% de l’ensemble des exportations. Cependant il est possible de faire bien mieux, seules 8% des éco-entreprises étant actives à l’international.

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Dans les pays de l’OCDE, il faut s’attendre à une faible croissance des métiers historiques comme l’eau et les déchets mais à une explosion des métiers liés à la lutte contre les gaz à effet de serre (ENR, bâtiment vert, mobilité dé-carbonée). Bien noter par exemple qu’en 2010 l’Allemagne avait consommé 50 % de la production mondiale des panneaux solaires photovoltaïques.

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Dans les grands pays émergents (Chine, Inde, Brésil), il y a à la fois un rattrapage sur les métiers historiques (eau, déchets, sols, air) et une explosion de l’économie dé-carbonée : ENR, construction sur des bases de faible consommation énergétique (ces pays font l’impasse de la construction traditionnelle un peu comme pour le téléphone où certains pays sont passés au mobile sans passer par le fixe), et la mobilité dé-carbonée (trains, trams, véhicules électriques etc.).

Dans les pays en développement, notamment en Afrique et Asie du sud-est, il faut s’attendre à une explosion démographique en zone urbaine, couplée à une forte demande des services de base comme l’alimentation en eau, l’assainissement, la gestion des déchets et les énergies renouvelables.

Les entreprises françaises de la filière auront donc selon les pays concernés à fournir des techniques innovantes (pays de l’OCDE), des techniques et des procès éprouvées pour la production de masse (pays émergents) ou des technologies robustes et/ou décentralisées en pays en développement.

Il faut donc aborder ces différents marchés avec des produits, des techniques et des méthodes dédiés et des entreprises probablement différentes et ne pas oublier les pays où nous avons des avantages compétitifs (Afrique francophone, pays latins, pays à structures politiques centralisées). La stratégie ville durable sous l’appellation « Mieux vivre ensemble » du ministère du Commerce extérieur consistant à coupler l’offre française à l’accroissement de la demande des pays, s’inscrit dans cette démarche.
Il faut cependant noter qu’une demande intérieure forte est une condition sine qua non pour assurer à la France une filière de premier plan. Eu égard à la nature du tissu productif et aux risques inhérents au développement d’une activité à l’export, la filière ne peut que s’appuyer sur un fort marché national pour se projeter à l’export ; attention donc à ne pas créer des ingénieries publiques ou des opérateurs publics qui assècheraient un marché national dont nos entreprises ont besoin pour exporter.
Et du point de vue de la demande sur le marché intérieur, les donneurs d’ordre publics représentent une part significative du marché de l’environnement. On estime que les débouchés pour les éco-entreprises sur le marché national se répartissent à part égale entre le public et le privé.

La commande publique est le fait principalement des collectivités, de l’Etat, des établissements publics, syndicats d’économie mixte, syndicats de traitement des déchets ou de l’eau et des bailleurs sociaux.
Les débouchés dans le secteur privé sont en premier lieu les grands groupes présents dans les secteurs de l’aménagement, de la construction, de la collecte et traitement des déchets, de la gestion et traitement de l’eau et du secteur industriel

Les emplois verts, source d’emplois non délocalisables

En 2010, hors bâtiments et mobilité durables, 452 600 personnes (en équivalents temps plein) travaillaient dans les éco-activités et près de 952 000 en prenant en compte les activités périphériques. L’emploi dans les éco-entreprises a augmenté de 4.5% en un an.

Sur la période 2004 à 2010, la croissance du nombre d’emplois est remarquable et s’élève à près de 20%.

Cette croissance a été particulièrement portée par la filière des énergies renouvelables où l’emploi a cru de 25,5% entre 2007 et 2008 et de 19% en 2009 . Malgré l’effet dévastateur du changement de la réglementation sur le photovoltaïque (en 2011 près de la moitié des emplois auraient été détruits), les énergies renouvelables restent, avec l’eau et les déchets parmi les principaux pourvoyeurs d’emplois.

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La filière est un secteur porteur en termes d’emplois dans cette période de tension sur le marché du travail.

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On observe d’ailleurs depuis 1997 une augmentation continue des inscriptions dans les formations initiales en environnement (+ 2,4 % par an). Les formations « professionnalisantes » au niveau licence sont celles qui ont attiré le plus d’étudiants avec une croissance du nombre d’inscrits estimée à environ 50% pour la période 2000-2008.
Cela s’explique en partie parce qu’étant attachés à la ressource (déchets, eau, sols, …) la très grande majorité de ces emplois est non délocalisable, contribuant à faire des éco-entreprises des acteurs du tissu économique local, bénéfiques au maillage économique du territoire.

Il est aussi intéressant de noter que 71% des éco-entrepreneurs considèrent que le capital humain est un facteur essentiel du développement de leurs activités. Les éco-entreprises témoignent de réelles difficultés à recruter des profils spécifiques (ingénieurs spécialistes d’une thématique, experts sectoriels, etc.) et expriment un besoin de soutien externe en matière de recrutement , notamment lorsque l’entreprise est jeune.

C’est un secteur qui sollicite des emplois très diversifiés, embrassant la totalité du spectre des qualifications.

PNUE
BCG Luxe Redux: Raising the Bar for the Selling of Luxuries 5 juin 2012
Source: IMS Health Market Prognosis, March 2011
Coupler l’offre française à la demande des pays – stratégie pour le commerce extérieur de la France 3 décembre 2012

http://eng.me.go.kr/content.do?method=moveContent&menuCode=pol_gre_vision

« Les filières industrielles vertes: une priorité de la mobilisation des pouvoirs publics », Le point sur, MEDDTL/CGDD, n°126, Mai 2012
L’économie du médicament Chiffre d’affaires de l’industrie du médicament : évolutions et répartition 28.06.12
Etude économique sur le secteur de la restauration, Etat des lieux , Février 2012 Eurogroup consulting
Plan d’action pour favoriser l’investissement et la création d’entreprises dans le domaine des éco technologies Chambolle 2006
« Les éco-activités et l’emploi environnemental en 2010 : premiers résultats », Chiffres et statistiques, MEDDTL/CGDD n°301, Mars 2012
« Activités, emplois et métiers liés à la croissance verte: périmètres et résultats », Etudes et documents, MEDDTL/CGDD, n°43, Juin 2011
« Chiffres clés de l’environnement : édition 2012 », Repères, MEDDE/CGDD, Septembre 2012
« Les éco-activités et l’emploi environnemental en 2010 : premiers résultats », Chiffres et statistiques, MEDDTL/CGDD n°301, Mars 2012
« Activités, emplois et métiers liés à la croissance verte: périmètres et résultats », Etudes et documents, MEDDTL/CGDD, n°43, Juin 2011
Sources Insee comptes nationaux, base 2005, Soes in Définir et quantifier l’économie verte Pierre Greffet, Amélie Mauroux, Pierre Ralle, Céline Randiambololona
ACFCI, TEE, Ubifrance
« Les éco-entreprises : étude sur le panorama des dispositifs de soutien et l’identification des besoins », ADEME, Août 2011