Publié le 19 mai 2015

Levées de fonds dans les cleantech : Les Grandes tendances

Patricia Laurent, qui réalise le Baromètre des levées de fonds du Club cleantech de l’AFIC revient pour nous sur les grandes tendances qui marquent l’investissement dans les éco-entreprises


PEXE : Vous réalisez depuis 4 ans le baromètre des levées de fonds dans les cleantech avec l’AFIC : Quelles grandes tendances avez-vous constaté ?P.L. : Quand nous avons commencé ce baromètre en 2010, les investisseurs étaient surtout attirés par les énergies renouvelables, et notamment le solaire. On peut même parler d’une bulle qui s’était formée et qui a éclaté suite à la mise en place du moratoire de décembre 2010 et à une nouvelle réglementation moins avantageuse. Du coup, certains fonds généralistes se sont retirés : il y a probablement moins d’acteurs aujourd’hui, mais ce sont des acteurs de plus long terme,  le marché a gagné en maturité. La perte de vitesse des énergies renouvelables a aussi permis de rééquilibrer les secteurs : le traitement de l’eau, le recyclage, par exemple, ont retrouvé de l’intérêt aux yeux des investisseurs.PEXE : Pour nous donner une idée des volumes, quels sont les grands chiffres du financement des cleantech à retenir ?

P.L. : Les fonds d’investissement ont apporté 319 M€ en fonds propres à 81 sociétés des cleantech en 2013, selon le Baromètre du Club Cleantech de l’Afic. Pour la première fois, c’est le secteur de l’efficacité énergétique (smart grids, bâtiment vert…) qui a le plus attiré les investisseurs avec plus de 72 M€ investis dans 25 entreprises. Il détrône les énergies renouvelables, qui dominaient jusque-là. On observe aussi une reprise de l’amorçage avec 19 premiers tours de table en 2013 – contre 11 seulement en 2012 – pour un total de 27 M€ investis. Cela reste encore modeste, mais ce renouveau de l’amorçage est une bonne nouvelle pour l’avenir du secteur.

PEXE : Comment jugez-vous l’écosystème du financement en France et notamment le rôle de l’Etat ?

P.L. : Des énergies renouvelables aux véhicules électriques, les marchés des cleantech dépendent encore en très grande partie du caractère incitatif de la réglementation et des financements publics. Le rôle de l’Etat est donc capital. Bpifrance est un acteur majeur dans l’écosystème : la banque publique d’investissement intervient en fonds propres et en accordant des prêts. En 2013, elle a apporté plus de 661 M€ aux écotechnologies: 560 M€ de cofinancement via des crédits et 101 M€ d’investissement en fonds propres. Ce qui en fait le premier investisseur au capital de sociétés des cleantech en France.  Et ses engagements vont s’accélérer, notamment dans les énergies renouvelables : elle annonce un objectif de 800 M€ de prêts et 400 M€ d’investissement dans ces filières en 2017. N’oublions pas non plus le rôle des collectivités qui apportent une aide importante, sous différentes formes (appels à projets, fonds d’investissement régionaux…).

PEXE : Voit-on émerger de nouveaux acteurs ?

Du côté des investisseurs, les fonds généralistes sont moins présents qu’en 2009-2010, mais en revanche les fonds corporate sont plus nombreux et très actifs : c’est une tendance lourde de voir les groupes industriels créer des fonds, seuls ou en partenariat, pour investir dans de jeunes sociétés innovantes des cleantech.