Publié le 19 mai 2015

Une levée de fonds, concrètement, ça se passe comment ? Retours d’expérience

Retours d’expérience[1] de :

  • Bernard Maître, Président du directoire d’Emertec et Pierre Calleja, Fondateur de Fermantalg ;
  • Grégoire Aladjidi, directeur du fonds Demeter 3 Amorçage et Pierre Fessler, Fondateur de Levisys.

 

Fermentalg séduit Emertec avec une technologie de rupture

 

Quand Bernard Maître, président du directoire d’Emertec Gestion, pionnier des fonds d’amorçage dans les cleantech en France, reçoit pour la première fois Pierre Calleja en 2008, il n’est a priori guère intéressé par son projet de créer une entreprise spécialisée dans la culture des microalgues. « Je connaissais quelques précédents peu encourageants : si les microalgues ont des propriétés uniques pour produire des molécules d’intérêt en alternative à la pétrochimie, elles ont besoin de beaucoup de soleil pour se développer. Les rendements sont très mauvais, cela me paraissait un non-sens économique d’investir dans ce domaine », se souvient-il.

Et pourtant, Pierre Calleja va le séduire en lui présentant une technologie de rupture. Ce biologiste, qui a déjà créé une entreprise quelques années auparavant, a déposé des brevets pour un process permettant de cultiver les microalgues non pas avec de la lumière mais essentiellement par fermentation.  « C’était révolutionnaire : les rendements peuvent ainsi être multipliés par 100, voire 1 000 », s’enthousiasme Bernard Maître. De quoi produire massivement des molécules  comme des omégas 3, des colorants, des antioxydants, des hydrocarbures…

Un délai record de quatre mois

Après ce premier contact, l’équipe d’Emertec analyse le dossier sous toutes ses facettes : elle contacte des laboratoires et des industriels pour valider la technologie, regarde s’il existe des concurrents en France ou à l’étranger, étudie les perspectives de marché…  « Nous avons travaillé avec Pierre Calleja pour fixer les différentes étapes, évaluer les objectifs et les besoins de financement, raconte Bernard Maître. Nous n’attendons pas de la part des porteurs de projets un business plan à 5 ans, mais une proposition de valeur : qu’est-ce qu’on apporte de nouveau au monde ? Quels sont les marchés ?»

L’intérêt du projet validé, l’affaire est conclue en un délai record : moins de quatre mois. La start-up girondine boucle un premier tour de 2,2 M€ début 2009, dont 1,3 M€ apporté par Emertec, aux côtés de quelques autres acteurs comme le CEA. Depuis, l’entreprise a  levé près de 20 M€ : Emertec a été rejoint au capital par d’autres fonds comme Demeter et Ecotechnologies, géré par Bpifrance.

« L’aventure a commencé avec un bout de papier il y a cinq ans. Ce n’était pas évident à l’époque d’anticiper l’évolution du marché. Aujourd’hui, nous  avons signé des contrats avec de très grands partenaires industriels et nous sommes aux portes de la commercialisation », se réjouit Pierre Calleja.

 

 

Levisys attire Demeter pour son premier tour de table

 

Fondée en 2004, Levisys a développé une technologie propriétaire de stockage d’énergie par volant d’inertie. En 2009, Pierre Fessler, cofondateur et président de la société, part en quête de fonds pour financer sa R&D. Il rencontre Demeter Partners, le plus gros fonds d’investissement français dans les cleantech. « Le concept était là, avec un début de prototype mais c’était encore un peu tôt », se rappelle Grégoire Aladjidi, directeur du fonds Demeter 3 Amorçage. « Quand un dirigeant vient nous voir, ce qui compte le plus c’est de nous faire comprendre l’opportunité de marché, le côté unique et différenciant de sa technologie et de nous monter qu’il sait s’entourer : la valeur de l’équipe est primordiale. Et même si nous n’acceptons pas un dossier d’emblée, nous gardons toujours un œil dessus et suivons son évolution ».

Pierre Fessler rencontre d’autres investisseurs. « Mais notre secteur est complexe, très capitalistique avec des retours sur investissement longs. Les fonds non spécialisés dans l’énergie avaient du mal à appréhender notre dossier ».

Une feuille de route élaborée en commun

Il ne se décourage pas et en attendant d’ouvrir son capital, Levisys continue à avancer, collabore notamment avec Ineo, une filiale de GDF Suez, et décroche des financements publics, dont une aide de l’Ademe. En 2012, son chemin croise de nouveau Demeter qui, sur ces nouvelles bases, décide d’investir.

« Nous avons passé du temps sur l’élaboration d’une feuille de route dont découle le business plan, poursuit Grégoire Aladjidi. Les discussions sur la valorisation de l’entreprise, le pacte d’actionnaires sont aussi toujours longues ». Le deal est finalement bouclé à l’automne 2012 : Levisys lève 1,5 M€, dont la moitié apportée par Demeter et l’autre moitié par des investisseurs de Champagne-Ardenne.

L’apport d’un réseau et d’une veille

« Au-delà de l’argent, Demeter nous épaule dans la structuration de l’entreprise, nous ouvre des portes grâce à son réseau et nous apporte des informations précieuses sur le secteur en France et à l’étranger par sa veille. Nous n’aurions pas le temps de faire ce travail en interne », souligne Pierre Fessler.

Levisys est aujourd’hui engagée dans deux consortiums dans le cadre du Programme des Investissements d’avenir, prépare son implantation industrielle dans l’Aube et espère commercialiser ses premiers systèmes fin 2014-début 2015.

 

[1] Contributions parues dans le Guide de financement des éco-entreprises PEXE 2014